hlb

Avertir le modérateur

24/03/2012

L'Ecrivain se souvient...

 

 

... et raconte à nouveau une des histoires de ce blog




E X P A N S I O N

-----------------------

 

Un jour, un sage astro-physicien chinois et athée mourut.

 

Tout surpris, il se retrouve à la Porte du Paradis.

Le Paradis, pense-t-il, cela existe-t-il donc ?

N’osant franchir le seuil, il frappe.

- Une seconde, et je suis à vous, dit une voix.

Une seconde de paradis, c’est une seconde d’éternité.

Au bout d’un incertain temps, la voix apparaît :

- On m’appelle Simpière. Qu’y a-t-il pour votre service ?

- Je ne comprends rien, Simpière. Je suis mort, je m’en souviens très bien,  ma famille m’a fait des adieux touchants, nous avons pleuré ensemble. Et voilà que je continue à me sentir vivant...

- Vous n’êtes pas le seul à avoir cette réaction. Entrez donc et installez-vous où vous pensez être le mieux.

- C’est que... je ne crois pas au Paradis

- Ah !

La voix réfléchit un moment. Venez avec moi, ajoute-t-elle.

Pas facile de se déplacer lorsqu’on n’a plus de corps. Moins facile encore de suivre une voix, aussi chaleureuse soit-elle.

Après quelques essais infructueux, notre athée se trouve propulsé dans un brouillard vide et lumineux. De temps à autres, cependant, il ressent des sortes de salutations émanant de formes à peine perceptibles.

- Le Paradis est-il si vaste qu’on y rencontre si peu de gens, interroge-t-il ?

- Le Paradis est très peuplé, au contraire. Seulement vous ne rencontrerez que des personnes avec lesquelles un dialogue vous sera possible. Il s’agit d’une sorte de tri naturel d’affinités.

Devant la grimace manifestée par le visiteur, la voix ajoute :

- Affinités de toutes sortes ; vous pouvez tout faire et, pour peu que votre esprit vous y incite, vous verrez surgir de nombreux êtres désireux d’entrer en relation avec vous. 

- Comment ça ? je ne pige que couic, répond l’athée, espérant, par ce langage populaire, faire baisser la hauteur des propos de Simpière.

- Vous verrez à l’usage. Dès qu’un centre d’intérêt vous est commun avec une ou plusieurs des personnalités habitant ce monde, aussitôt ils se manifestent à vous.

- Et réciproquement ?

- Bien sûr.

- Alors, pourquoi n’en vois-je que si peu ?

- Parce que vous n’êtes pas encore revenu de votre surprise de trouver un autre monde après votre décès. Vous pensiez ne rien trouver, alors vous ne trouvez rien. Regardez bien, rendez-vous disponible. Lâchez-prise, comme on dit dans votre occident.

Notre sage ferme ce qu’il pense être ses yeux.

Stupeur ! Mars,  Vénus, Pluton... le voilà à l’intérieur du monde que son petit télescope ne lui avait permis d’approcher que de si loin.

- Quelle splendeur ! 

Une infinie succession d’infinis illimités s’étend à longueur de regard, tout est là, en même temps, et lui au milieu.  Bientôt des sons s’élèvent... «la musique des sphères !» s’exclame-t-il. Tout ce dont il avait entendu parler sur terre sans vouloir y croire se manifeste à sa présence. Des réminiscences lui viennent, aussitôt représentées ; il voit des anges aux ailes européennes, des dragons salvateurs, des âmes...  oui, il voit des âmes. Comment les décrire ? impossible. Du reste, il ne pense même pas à le faire.

Parmi toute cette beauté, il perçoit également des sortes d’enclos grisâtres.

- Et ces petites choses tristes ?

- Ah ! Vous les voyez aussi, dit la Voix étonnée. Ce sont des purgatoires. Approchons-nous sans faire de bruit car ceux qui vivent derrière n’aiment pas être dérangés.

- Purgatoires, dîtes-vous, s’agit-il de religieux ?

- Pas forcément. Ce sont des humains qui ne croient qu’à leur propre vérité. Ils se retrouvent entre eux. Cependant, comme ils sont encore imbibés de la hargne qu’ils possédaient sur terre, il a été décidé de les enclore de façon que leurs effluves haineuses ne polluent les ambiances plus légères. On ne sait pas très bien comment ils s’arrangent entre eux. Cependant, dès que certains comprennent qu’il existe d’autres façons d’envisager la Vie, ils s’aperçoivent que leurs murailles sont poreuses et, chacun à son rythme, ils s’extirpent de ce lieu où ils commençaient à se sentir à l’étroit. Je suis surpris que vous les voyez... cela voudrait-il dire que vous vous sentez concerné ?

- Disons que, étant scientifique, j’ai l’habitude de me poser toutes sortes d’interrogations.

- Je vois. Vous avez l’esprit large, vous allez très vite être très occupé. Maintenant je vous quitte, il y a beaucoup à faire avec tous ces nouveaux venus issus des guerres fratricides.

- Une minute encore, s’il vous plaît Simpière. Paradis, purgatoire, dîtes-vous, alors il doit y avoir aussi un enfer ?

- Enfer, c’est l’abréviation d’enfermement. D’où la nécessité de ces autres lieux entourés de flammes rouges là-bas.

- Où ça ?

- Ne cherchez pas, c’est que vous ne pouvez pas les voir.

- Parce que je n’y crois pas plus qu’au Paradis. Maintenant que je constate que le paradis existe, peut-être me faudra-t-il  croire aussi à l’enfer ?

- Sûrement pas. Ne s’y trouvent que ceux qui, sur terre, ont cru le mériter. Comme ils n’ont plus de corps, ils ne brûlent pas vraiment ; ils souffrent surtout de solitude, de rancoeur ou de tristesse dont il est quasi impossible de les extraire.

- La géhenne...

- Oh ! On raconte beaucoup de choses sur terre... Il faut vous dire que, malgré sa béatitude légendaire, la vie au paradis n’est pas statique, bien au contraire. Aussi, au bout d’une immense ressasse, s’ils n’ont toujours pas compris, des entités spécialisées viennent les aider à se réincarner. Généralement ils choisissent une famille qui leur permettra de défaire les blocages dont ils n’ont pas réussi à se débarrasser durant leur période de développement. Maintenant je me sauve. A  dieu. 

(à suivre)

 

 

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu